TEAHUPO’O : “MON TRIP A ÉTÉ RÉGLÉ EN 5 MINUTES

Avatar RIPITUP | septembre 2, 2021

Charly Quivront à Teahupo’o : “C’est la vague de ma vie, je pense”

Charly Quivront revient, pour Ripitup et Planète Surf, sur sa toute première expérience à Teahupo’o, lors de la méga houle de ce mois d’août. Et plus en détail encore sur une vague qu’il n’est pas près d’oublier

TEAHUPO'O : "MON TRIP A ÉTÉ RÉGLÉ EN 5 MINUTES

Charly Quivront – Teahupo’o © Mackenna (Junior)

La roue a définitivement tourné, cette année, pour Charly Quivront. Blessé l’hiver dernier et contraint de regarder les “collègues” enfiler les tubes landais comme des perles, le Royannais a pris sa revanche : après le trip de sa vie à Puerto Escondido en juin/juillet, il était de la houle historique à Teahupo’o au coeur de ce mois d’août. Ce vendredi 13, le Chat a longtemps attendu son heure, avant de prendre sa chance en se jetant dans la gueule du monstre, avec l’aide décisive de la star brésilienne du surf de grosses vagues, Lucas Chianca. De retour dans les Landes, il raconte.

La veine après la déveine

“J’ai passé un long hiver à faire de la rééducation au CERS (à Capbreton, NDLR), chez le kiné avec Nicolas Brieda et des entraînements physiques à fond pour remettre mon épaule en place. En novembre et décembre derniers, j’ai souffert de trois subluxations d’épaule puis j’ai eu trois mois de rééducation avant de pouvoir revenir au top. J’ai regardé tout le monde prendre des barrels à la maison, j’aurais bien aimé faire partie des gars qui étaient dans l’eau. Du coup, je suis content d’avoir ma petite part du gâteau cette année quand même avec ces swells au Mexique et à Tahiti. J’espère que cette belle étoile ne va plus me quitter.”

Dernière minute
“Pour raconter toute l’histoire de ce trip à Tahiti, j’étais à la maison, à Seignosse, et j’ai reçu un appel de Stéphane Corbinien, directeur de la performance à la Fédération française de surf, qui m’a dit qu’il y avait une place pour les trials du CT à Teahupo’o. C’était un trip de dernière minute puisque je suis parti… deux jours après ! Je n’étais pas censé voyager avant les prochains QS, mais quand il m’a proposé d’y aller, j’ai dit oui directement, c’était une opportunité de dingue. Malheureusement, arrivé sur place, deux jours avant les trials, à cause du Covid, le Tahiti Pro a été annulé, alors que la houle était en route. Je ne me suis pas privé d’aller surfer la vague.”

Beau, mais effrayant
“J’avais déjà vu des vidéos, bien sûr, de Teahupo’o et je connaissais pas mal de gens sur place qui m’avaient expliqué comment ça se passait, mais la première vision quand tu arrives sur la vague est juste incroyable. Quand tu pars du port en Jet ou en bateau et que tu regardes les grandes montagnes, c’est vraiment hyper beau, je n’avais jamais vu un endroit aussi joli. C’est magnifique oui, mais ça fait peur. En fait, ce sont deux émotions très distinctes : l’envie d’y aller et une grosse appréhension. Le premier jour, il y avait un swell très ouest, qui était déjà assez costaud. Les locaux disaient que c’était le genre de houle où il est très facile de se blesser. C’était gros, il y avait 3 mètres, avec quelques vagues de tow in. C’était sur la “redescente” de swell, je n’ai donc surfé que le soir. J’ai pris trois, quatre vagues, j’étais très content pour une première fois à Teahupo’o. Une mise en jambes avant le well suivant.”
Motivé par Avvenenti et Chianca
(Le jour de la houle historique, vendredi 13 août) “J’étais sur le Jet Ski du Tahitien de chez Volcom Lorenzo Avvenenti. Il m’a motivé pour y aller, ça faisait tellement longtemps que je regardais les vagues. Il m’a regardé dans les yeux et il m’a dit : “mec, si tu ne vas pas à l’eau maintenant, tu le regretteras, alors que si tu y vas, tu vas prendre une vague et ça va te changer la vision du surf.” Je lui ai fait confiance, bon même s’il ne m’a pas trop laissé le choix non plus (rire). J’étais derrière le Jet et au même moment, il y a Lucas Chianca qui est passé sur son Jet Ski, il venait de tracter un autre gars. Vu que je le connais pas mal puisqu’on s’est suivi aussi à Puerto, il m’a demandé toute la journée si je voulais y aller. Mais je ne savais pas trop quoi lui répondre parce que je savais que si je lui disais oui, il m’emmènerait tout de suite alors que je n’étais pas trop sûr de moi (rire). Il fallait que je me motive parce que ce n’est quand même pas tous les jours que je fais du tow in à Teahupo’o. Il m’a remonté comme une pendule.”

5 minutes qui changent tout

“Lucas est revenu, j’ai échangé ma place avec le jeune qui était sur son Jet, j’ai mis le casque, enfilé le gilet et emprunté la board de Félix Bourgoin qui avait surfé juste avant. Là, je me suis retrouvé au pic deux secondes après. J’ai eu 100 m pour me familiariser avec la board, du channel jusqu’au pic. Arrivés au pic, deux secondes après, la vague de Matahi Drollet est arrivé sur nous. Moi j’étais dans l’eau, je ne voyais pas trop ce qu’il se passait, j’étais à l’arrêt, un peu débordé par les événements. Matahi est parti sur cette vague, elle était énorme, avec tellement de ressac qu’il y avait limite du backwash tellement elle était remplie d’eau.”
“Après ça, je me suis retrouvé seul au pic. C’était les dernières vagues de la journée. J’ai eu cette vision, au pic, au large, la corde dans les mains, en train de regarder vers les bateaux. J’ai pris un petit coup de pression (rire). Jusque-là, c’était l’inverse, c’est moi qui regardais depuis le channel alors que là, je ressentais tous les regards braqués sur moi puisque tout le monde scrutait la vague. J’ai dit à Lucas : “Je n’ai jamais fait de tow, tu peux me poser sur une moyenne ?” Limite une petite, même (rire). Il a été cool, il m’a déposé sur une première que j’ai réussi à bien rider, elle faisait entre 2,5 et 3 m. Je n’étais pas trop dans le barrel, mais elle a soufflé énormément. J’ai tout pris dans la tête, une sensation incroyable. Ça m’a donné un peu de confiance et, à peine arrivé dans le channel, tout le monde m’a dit : “tu y retournes !” Bref, je n’avais pas le choix, elle était en fait trop nulle cette vague, comparée à toutes celles scorées auparavant (rire).”
“Cette vague, elle était à 17h03. Je me suis remis debout direct derrière le Jet Ski, direction le large, on ne s’est même pas arrêté, on a repris la première, tout s’est fait hyper naturellement. Lucas m’a déposé au bon endroit, il a retourné le Jet pour aller vers le large et à ce moment-là, je suis parti tout droit sur la vague. J’ai lâché la corde, sans trop savoir où je me trouvais, mais j’ai fait confiance à Lucas, c’est l’un des meilleurs drivers là-bas, un boss. J’ai passé la première marche, puis j’ai réussi à prendre cette ligne pour pouvoir sortir du barrel, en faisant attention de ne pas aller trop bas, comme te préviennent les locaux, sinon tu as tendance à remonter trop haut dans la vague et à te faire aspirer avant de partir avec la lèvre. Il y a tellement d’énergie dans cette vague… Je me souviens d’avoir passé cette marche, de prendre la ligne, de voir l’eau se faire aspirer et de prendre le tube. À l’intérieur du barrel, je me dis que je suis trop deep et je suis prêt à sauter tellement j’ai l’impression d’être trop deep. En fait, la vague est large, ouverte, je vais tellement vite, je suis concentré sur mon ride et puis tout d’un coup, elle souffle très fort. La seconde d’après, je suis dans les bateaux (rire). Je lâche tout, je ne contrôle plus rien, tout le monde applaudit. C’est la vague de ma vie, je pense. J’étais là depuis 7h du matin, j’ai pris ma première vague à 17h03, ma deuxième à 17h07, ma session a duré 5 minutes. Mon trip a été réglé en 5 min.”
Une sacrée organisation et l’aide des locaux
“Pour rejoindre le spot, le mieux est d’avoir un bateau ou un Jet Ski. Moi j’ai fait le trajet deux ou trois fois à la rame, mais ça prend du temps. À Teahupo’o, on est loin du bord et de la passe, c’est pas mal d’organisation. Une fois que tu te mets à l’eau du bateau, en deux coups de rame, tu es au pic et si tout se passe bien, que tu ne tombes sur aucune de tes vagues, tu peux remonter au pic plus rapidement. Tu peux donc rester longtemps à l’eau sans trop ramer, sans trop te fatiguer. J’habitais à 10 minutes de Teahupo’o. J’ai eu la chance que Justine (Dupont) et Fred (David) soient là pour m’aider et puis je connaissais pas mal de locaux qui ont été hyper sympa avec moi. Souvent, j’étais embêté pour aller sur le spot parce que je n’avais pas de bateau, mais j’arrivais toujours à trouver un moyen pour aller du ponton jusqu’au spot et avant de laisser mes affaires dans un bateau. Tout le monde a été hyper cool.”
Fierté
“Les Tahitiens ont été impressionnants, bravo à eux ! Ils se sont jetés dans des vagues de malade, c’était fou à voir. Quel show ! Les vagues étaient énormes. J’en ai pris une, moyenne pour la journée, même si moi je l’ai trouvée incroyable. Après avoir vécu un moment comme ça, l’adrénaline redescend de très haut dans la même journée. J’étais très content de ma vague. Après, quand j’ai vu les images des vagues qui avaient été surfées le matin par les locaux et qui étaient trois fois plus impressionnantes, je suis vite redescendu (rire), mais au final, je suis fier d’avoir réussi à prendre une telle vague et d’y être allé.”
Un cap franchi
“Je suis de retour en France, mais ça me fait plaisir quand je vois une vidéo de cette session ou des photos. Perso, ça m’a fait passer un autre cap. Est-ce que j’aimerais retourner dans ce genre de vague plus tard ? À voir, ça ne me déplairait pas. Je n’avais jamais ressenti ce type d’adrénaline en surf, mais ça peut être à double tranchant, entre ne plus vouloir y aller, tu as vu et ça ne te plaît pas, ou à l’inverse, tu as goûté à quelque chose de nouveau et ça te donne envie d’y retourner. Je suis encore dans l’indécision, mais ça m’a quand même bien plu (sourire). On verra à l’avenir si je reprends la corde.”

 


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