Sancho

Nazaré (Portugal)

« J’ai pris la plus grosse vague de ma vie… ainsi que le plus gros wipe-out », rapporte Benjamin Sanchis (36 ans). Le chargeur landais était, ce jeudi 11 décembre, à Nazaré où a sévi un swell plus démentiel encore que celui du 29 novembre dernier. Record de la plus grosse vague jamais surfée ? Joint au téléphone, Sancho raconte à Planète Surf.

PLANÈTE SURF : Raconte-nous cette fameuse journée d’hier (jeudi 11 décembre) à Nazaré (Portugal).

BENJAMIN SANCHIS : « J’étais la veille à Genève et on est arrivé à Nazaré le jeudi matin même avec François Liets (du team Billabong Adventure, NDLR) et Éric Rebière (l’ex-surfeur du World Tour, NDLR). Quand on a mis les pieds sur le spot, les conditions étaient propres, le ciel bleu, le vent offshore. On a surfé dès le matin mais j’ai perdu ma planche. On l’a cherchée au large, sans la retrouver. Du coup, on est rentré pour en récupérer une puis on est revenu sur le spot. Les conditions avaient alors changé, il y avait de la brume, c’était plus hostile. J’ai tout de suite pris une vague. Avec Éric, on s’est ensuite posté plus bas, à l’inside. À cet endroit, les vagues doublent et sont moins molles que les autres qui cassent. Cette grosse vague est arrivée. J’ai lâché la corde (du jet-ski piloté par Éric Rebière, NDLR). Il y avait énormément de clapot, la vague était creuse, elle ne me laissait pas trop descendre. J’ai tapé un premier clapot, ce qui m’a fait voler sur plusieurs mètres en l’air mais j’ai réussi à rattraper ma ligne. Je me suis mis à dévaler la pente et aux trois-quarts de la vague, j’ai heurté un nouveau clapot qui m’a fait chuter la tête la première. J’ai ricoché sur l’eau, sans la pénétrer. Il faut dire que j’avais dessus deux gros gilets de survie. »

(Il fait une pause, puis reprend)

« Quand j’ai pu lever les yeux, j’ai vu l’énorme tube me passer au-dessus de la tête. La vague m’a repris et je me suis retrouvé dans la lèvre. À ce moment-là, je me suis fait démembrer. Je n’ai pas trop lutté pour essayer de garder mon calme, ne pas paniquer. J’avais les gilets sur la tête, prêts à s’échapper. Si je les avais perdus, je me serais noyé. J’ai eu la chance que la vague me pousse et non qu’elle me garde à l’impact. J’ai juste eu le temps de reprendre une bouffée d’oxygène avant que la deuxième me pète dessus. En définitive, j’ai été traîné durant 200 m sous l’eau. J’en ai encaissé encore une ou deux autres dessus avant de m’apercevoir que j’étais tout proche de la falaise. Avec le fort courant, c’est le pire endroit où se retrouver à Nazaré ! Heureusement, Éric m’a récupéré à ce moment-là et m’a ramené sur la plage. J’ai pu reprendre mon souffle. Je me suis arrêté là. Ma planche été cassée en deux de toute façon et j’étais épuisé. »

Dans une situation aussi extrême, a-t-on le temps de cogiter ? Et si oui, à quoi as-tu pensé ?

« Oui, on a le temps de réfléchir. Je ne pensais qu’à une chose : garder mon calme. Les exercices d’apnée en piscine et la boxe thai font partie de mon entraînement. La boxe m’habitue à prendre des coups sous l’eau. Et la piscine m’aide à me sentir à l’aise quand je reste ainsi longtemps immergé. Le pire dans une situation comme celle que j’ai vécue aujourd’hui à Nazaré, c’est de paniquer. Moi, je ferme les yeux et je fais le vide. Il faut aussi avoir un peu de chance et faire parler son expérience.»

Tu avais déjà subi un gros wipe-out l’an dernier à Teahupo’o. Lequel s’est avéré le plus violent ?

« À Teahupo’o, c’est différent. La vague est très violente et te fracasse sur le corail. Personnellement, tu ne vis quasiment pas ton wipe-out car tu t’évanouis tellement tu prends un gros choc direct. Ce sont plutôt les gens autour qui le vivent pour toi. À Nazaré, tu restes si longtemps dans le bouillon que tu vois la mort en face. La peur est différente. »

Malgré ta longue expérience dans le surf de grosses vagues, tu éprouves toujours de la peur ?

« On a toujours peur. Tout le monde a peur. »

Est-ce la plus grosse vague de l’histoire (1) ?

« En tout cas, c’est la plus grosse vague de ma vie et aussi le plus gros wipe-out. J’ai l’impression qu’elle fait plus de 100 pieds (30 mètres) mais j’ai du mal à vraiment l’évaluer. De toute façon, mon objectif n’est pas dans les chiffres. Mon but reste de surfer de grosses vagues et de me faire plaisir. »

Propos recueillis par: surf.blogs.sudouest.fr